Les académies vivent un moment important dans l’organisation de leur pilotage et dans la mise en œuvre de leur stratégie d’accompagnement des établissements. A ces deux niveaux, académie et établissement, il est souhaité que les équipes de direction prennent plus d'autonomie.
Pour atteindre ces objectifs, il leur faut à la fois faire évoluer leur système d’information[1] et accompagner la modernisation de celui des EPLE.
Par Jean-Louis Schaff
Eléments de contexte
Les académies vivent un moment important dans l’organisation de leur pilotage et dans la mise en œuvre de leur stratégie d’accompagnement des établissements. A ces deux niveaux, académie et établissement, il est souhaité que les équipes de direction prennent plus d'autonomie.
Pour atteindre ces objectifs, il leur faut à la fois faire évoluer leur système d’information[1] et accompagner la modernisation de celui des EPLE.
Parmi ces raisons de ces évolutions :
- permettre un meilleur pilotage de chaque établissements et une meilleure synergie entre les établissements d’un même bassin par un accès facilité à des informations et à des outils simples de traitement ;
- renforcer le lien entre les personnels des équipes de direction de l’Académie (chefs de division et de services du Rectorat, chefs d’établissement) notamment par une information partagée ;
- retisser le lien avec les personnels au contact des élèves et des parents et les aider à mettre en place des pratiques nouvelles ;
- préparer l’arrivée des environnements numériques d’établissement[2] et accompagner la nécessaire consolidation du système d’information des EPLE préalable à ces déploiements[3] ;
- accompagner la modernisation de la mission d’animation des corps d’inspection et la pertinence des sites disciplinaires.
Le système d’information d'un rectorat est très contraint par son histoire, qui est aussi celle de l’organisation elle-même. Les «niveaux » établissement, IA et académies restent encore essentiellement considérés comme étant au service de la production des informations utiles au pilotage national. Si les services académiques ont commencé à se doter des outils et des compétences nécessaires pour extraire et traiter les données utiles à leur fonctionnement, la situation reste encore difficile. Le niveau établissement reste largement déficitaire en terme d’utilisation de l’importante quantité de données qu’il produit et vit une relation difficile avec l’informatique qu’il subit plus qu’il ne l’utilise[4].
Le système d’information d'une l’Académie (ou d’une IA) dépendant des schémas[5] directeurs successifs décidés par le Ministère, son évolution ne peut être pensée que dans le respect de ces schémas. La situation peut toutefois être largement assouplie si l’on utilise les leviers possibles que sont le site web, l’intranet et leur évolution en cours : les environnements numériques de travail pour les personnels.
Ces deux «outils » : site web, intranet sont en effet des ensembles d’applications informatiques réalisées avec des outils nouveaux (dans la palette des outils des équipes informatiques), souvent par une équipe qui n'appartient pas à l'équipe informatique de gestion. Ces outils puissants et ouverts constituent deux « vues » partielles sur les informations du système d’information académique.
La modernisation de ces outils doit permettre d’aller plus loin dans l’utilisation des données internes. Elle peut servir à donner le sens de la future organisation en posant un certain nombre de règles d’urbanisme :
- unicité de l’information
- règles de sécurité pour les accès nomades et l’accès aux applications tierces (services fournis par d’autres : Encycoplédie universalis et autres ressources pédagogiques éditées).
- laïcité des systèmes d’information (portabilité des applications serveur et des applications clientes)
- disponibilité 24/24 et 365/365
- centration sur les besoins des clients (qui peuvent être différents)
- règles d’inter-opérabilité pour permettre les flux d’information entre les différents systèmes d’information (EPLE, structures d’accompagnement : IA, rectorat, tutelle).
Cette démarche s’inscrit dans le temps long (3-5 ans). Elle nécessitera la mise en place d’une démarche projet solide.
Un projet cohérent pourrait consister :
- à fondre l’internet et l’intranet pour multiplier les « vues » : des deux vues actuelles à une trentaine correspondant au nombre de grands « métiers » ou "rôles" exercés au sein de l’organisation en mettant en place, derrière un système d’identification unique, un premier niveau de services numériques à différentes « communautés » d’utilisateurs internes ;
- à augmenter significativement la quantité et la qualité des informations consommées par les différentes familles d’acteurs et notamment par les acteurs opérationnels (ceux qui sur le terrain réalisent et délivrent le service d’éducation) ;
- à penser les "ENT d'établissement" comme un sous ensemble logique d'un ENT global. L'ENT d'établissement est en fait un sous-ensemble de services utiles à la communauté de l'EPLE qui vient compléter les vues "enseignants", "membre de l'équipe de direction de l'EPLE", "parent", "élève", etc. Penser le sujet différemment présente un double risque : celui de laisser l'évolution du SI des établissements entre les seules mains des collectivités, et celui de ne pas pouvoir lors d'une éventuelle généralisation "poser" les services validés lors de la phase expérimentale sur le système d'information de l'académie, notamment sur ces outils d'annuaire et de gestion des identités (SSO).
Un projet structurant :
- qui doit permettre d’améliorer les outils dont doit disposer chacun des métiers (approche métier) ou fonction (professeur principal) pour réaliser ses missions
o information à jour, personnalisée
o nomadisme : je peux m’informer, et travailler où que je sois
o simplification de l’accès aux applications « métiers » : une seule adresse, un seul login/mot de passe
- qui vient en appui des chantiers managériaux
o appui à l’autonomie des EPLE par consolidation des compétences et outils des chefs d’établissement (CDE) (ENT = gain de temps dans l’usage des applications et une amélioration de l’accès aux données de pilotage)
o appui à l’animation de l’équipe de direction académique : chefs d’établissement + chefs de services des IA et du Rectorat (en évitant une auto-organisation à tendance corporatiste des CDE)
o plus largement, une généralisation de l’usage des réseaux et notamment d’outils coopératifs peut aider à assouplir un fonctionnement encore très/trop vertical et étanche (entre chaque tuyau d’orgue).
- qui peut permettre de reprendre le contrôle sinon des applicatifs (décidés par les directions du Ministère) mais de l’usage des données qui circulent (le terrain produit beaucoup et utilise peu). L’ENT est le complément de l’infocentre. Il est la vue par un métier sur les données et leur traitement, l’infocentre, le lieu où sont mises à disposition les données. D’un certain point de vue l’ENT est une démarche d’urbanisation du système d’information qui tient mieux compte du besoin des acteurs de l’académie. Si on ne fait pas l’ENT, l’accès à l’infocentre sera la nième application s’ajoutant à la longue liste des applicatifs mal connus, mal utilisés dont dispose déjà les Chefs d'établissement et leurs équipes.
- qui permet de se préparer à l’arrivée des ENT d’établissements :
o qui se « poseront » d’autant plus facilement sur notre système d’information que celui-ci aura été consolidé par l’ENT académique : annuaire, SSO, mise à niveau des navigateurs, etc.
o que les équipes, notamment de terrain s’approprieront d’autant plus facilement qu’elles auront l’habitude d’évoluer dans ce type d’environnement ;
o l’Académie conduira mieux la négociation avec les collectivités territoriales qu’elle saura de quoi elle parle et qu’elle aura assis son système d’information.
- qui ne doit pas se réduire, ni à dimension « web » ni à sa composée technique (problème de représentation).
[1] Ensemble structuré de tous les éléments qui contribuent à la production, au traitement et à la diffusion de l'information dans une organisation, quel que soit l'ordre auquel appartiennent ces éléments (ressources matérielles, techniques, financières, humaines, intellectuelles, etc.) et que cet ensemble soit informatisé ou non, en totalité ou partie. NB : il faut différencier le système d'information du système informatique. Ce dernier ne constitue QUE la partie informatique du système d'information.
[2] « Un espace numérique de travail désigne un dispositif global fournissant à un usager un point d’accès à travers les réseaux à l’ensemble des ressources et des services numériques en rapport avec son activité. Il est un point d’entrée pour accéder au système d’information de l’établissement ou de l’école. L’espace numérique de travail s’adresse à l’ensemble des usagers, élèves, parents d’élèves, étudiants, enseignants, personnels administratifs, techniques et d’encadrement des établissements d’enseignement. Dans l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur, l’établissement d’enseignement est le périmètre de référence de l’espace numérique de travail du point de vue de l’usager » (définition, SDET, février 2004).
[3] Du point de vue de la seule informatique, les EPLE utilisent des applications de génération différente (certains modules de GEP fonctionnent encore sous DOS : gestion individuelle, gestion collective, congés), la base élève ne constitue pas encore un élément de socle où viendraient puiser toutes les applications qui l’utilisent (y compris les progiciels écquis auprès d’opérateurs privés : pour la gestion des absences, des notes, des exemptions, des sanctions, etc. Les chefs d’établissement s’avouent « démunis » devant la tâche et interpellent le Rectorat sur sa capacité à accompagner leur réflexion sur ce sujet complexe.
[4] Le titre 1 de l’étude du système d’information de l’EPLE réalisée dans le cadre d’un plan d’urgence par le Ministère en octobre 2001 résumait assez bien une situation inchangée depuis « Un foisonnement d'applications informatiques conçues à l’origine pour alimenter les systèmes d’information nationaux, insuffisamment reliées entre elles et peu satisfaisantes pour les EPLE », http://www.eduscol.education.fr/P1031/accueil.htm. Diagnostic auquel il faudrait ajouter le besoin de compétences techniques au plan local, besoin déjà repéré pour les usages pédagogiques.
[5] Il est à noter que l’idée de « schéma » a moins de 10 ans (le schéma directeur de 1995). Le S3IT qui lui a succédé a connu deux versions 2000-2002 et 2002-2004. Avant cette date (et encore maintenant), chaque direction pensait ses besoins en information de manière autonome.
Merci d'avoir un blog interessant
Rédigé par : jozzy-online | 26 février 2010 à 03:50