Par Jean-Louis Schaff et François Bocquet
Quelques éléments sur les enjeux stratégiques liés à la mise en place des ENT, au niveau local comme au niveau inter-universitaire de site.
1. Sur les enjeux stratégiques et les décisions à prendre (en général)
Ce qu'il faut raisonnablement en attendre tient autour de l'idée de souplesse dans le fonctionnement des organisations (dans toutes ses fonctions), notamment en permettant à chacun seul ou en équipe de réaliser des activités dans des contextes moins contraints : asynchronie et ubiquité (même si l'usage des technologies n'est pas sans être lui même un élément de contrainte).
- Seule cette souplesse permettra l'adaptation. Laquelle viendra plus des acteurs locaux que du Ministère…
- passer de la période des usages pionniers des technologies (moins de 5 % des acteurs) à la période des usages généralisés (plus de 30 à 50 % des acteurs)
- former massivement les acteurs (personnels IATOS et enseignants, notamment à la pédagogie…)
- passer d’une logique de l’offre à une logique de la demande (problèmes de l’analyse de la demande, de l'association pérenne des utilisateurs au projet)
- passer d’une approche centrée sur des usagers administratifs (applications de gestions) à une approche centrée sur les usagers « finaux » (les étudiants, les prescripteurs de formation entreprise ou institutionnels, les partenaires de la recherche)
- anticiper le changement d’ordre pour les usagers : pour l’Académie de Lyon, par exemple, on passe de 8 à 900 utilisateurs des applications de gestion, à 6 à 7 000 personnels et 70 à 80 000 étudiants
- passer de la juxtaposition de briques construites par des artisans de bonne volonté et très compétents à la réelle urbanisation d’un Système d’Information incluant la dimension organisationnelle (donc éminemment politique) et la dimension informatique à une échelle inter-universitaire quand celle-ci s'avère utile (selon des principes de subsidiarités qui restent à formaliser).
- Articuler les forces mobilisables et les enjeux : ne pas laisser imaginer de pouvoir tout faire tout seul avec les ressources humaines dont on dispose (même quand on est un "grosse" université!) surtout dans des domaines aussi complexes à développer et surtout à maintenir dans la durée d’amortissement des investissements financiers et ressources humaines
- un pilotage par les équipes « Présidence et SG » accompagné d’une fonction « directeur des systèmes d’information »
- une clarification des rôles dans les questions informatiques : vers des DSI ?
- installer solidement la nécessaire dialectique entre maîtrise d’ouvrage maîtrise d’œuvre (voir livre blanc du CSIER car ce dialogue a tendance à être systématiquement tourné vers une logique confusionnelle des fonctions)
- identifier les externalisations nécessaires et les réaliser
- introduire la culture d’évaluation et la culture « qualité » : vers une approche « clients-fournisseurs » entre services internes ou service d'une université et service inter-U. (ce qui amène à questionner la gestion des projets et l’existence de PAQ (plan d’assurance qualité) simplifiés)
- développer des logiques de coopétition régionale, nationale et européenne entre établissements : coopérer et mutualiser dans la compétition (vers la coopétition métropolitaine plus que la neutralisation dans la concurrence)
Pour compléter deux articles publiés sur le site d'aska :
- ENT et facteur humain
- ENT et urbanisation des systèmes d'information
Le lien vers le point sur les 4 projets d'ENT financés par le Ministère (dont Encora) réalisé suite à la journée de synthèse du 30 mars dernier
Le lien vers les démos (qui permettent notamment de voir la différence en terme d'ergonomie entre différentes solutions) :
Visiter l'ENT de Lyon 2 est utile :
identifiant: demo-ext
mot de passe: demoext
Lire également le livre blanc du CSIER sur la fonction DSI (différente bien sur de la fonction Directeur du Service Informatique).
2. Les enjeux au niveau de l'établissement
La mise en place de l'ENT va provoquer, structurer et faciliter la consolidation du système d'information en mettant tous ses usagers au centre (et notamment ceux qui en sont le plus exclus aujourd'hui : ceux qui produisent les services et les usagers qui le consomment).
Elle est de nature à reconstruire du commun, de l'appartenance tant au niveau de chacune des composantes, que de l’université et de l’inter-universitaire métropolitaine (Lyon Université, Grenoble Université, etc.) et régional.
Les risques résident essentiellement dans la qualité du pilotage du chantier système d'information et des projets connexes (dont l'ENT) : capacité à se mettre en projet et à les piloter réellement (en allant au delà de l’impulsion originelle même si elle est d’excellente qualité) et notamment à s'en donner les moyens, à suivre des projets sur des temps longs, à décider (unification des adresses mèls, réorganisation des structures techniques opérationnelles) et à vérifier la mise en œuvre des décisions (maîtrise d’ouvrage réelle et non déléguée à la maîtrise d’œuvre).
3. Les enjeux au niveau inter-U.
Créer la partie numérique de l'Université de Lyon, de Grenoble ou de Strasbourg lui permettra d'exister très vite. Un travail en architecture numérique rapide est possible. Le moment est idéal : tous les établissements sont en chantier sur leur ENT, les pôles, là où ils existent, ont largement engagé le travail. Les outils de la mise en place de la partie numérique de l'Université métopolitaine existent :
- Site web des pôles et sites web dynamiques des établissements inter-opérables (supXML ou tout autre dispositif efficace) ;
- Annuaires compatibles (donc possibilité de mettre rapidement en place pour toute la communauté une identification/authentification sur le site de l'Université métropolitaine ;
- Une base de l'offre recherche (souvent ressaisie, mais à jour) ;
- Une offre de formation syndiquée (avec un gros travail de complément, d'uniformisation des descritifs pour améliorer la lisibilité) ;
- Des cartes d'étudiants à puce : Cumul à Lyon
- Etc.
Il ne manque que la volonté et un peu de moyens d'architecture et de conduite de projet en inter-U., des décisions pour aller plus loin dans la mutualisation des opérations techniques (cf. le rôle du CICG à Grenoble, CURRI à Strasbourg qui, dans un souci de bonne gestion exploite tous les services applicatifs pour tous les établissements).
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