Par Jean-Louis Schaff,
Fodad est un programme de formations-action à l'usage des technologies. Il est piloté par l'Ecole supérieure de l'éducation nationale depuis 2002 où, s'est progressivement construit une "méthode" d'accompagnement de l'innovation pédagogique. Cette "méthode" cherche à répondre à un objectif simple : l'arrivée des technologies est une contrainte qui offre l'occasion d'interroger les pratiques des équipes académiques.
Il ne s'est jamais agi de faire du prosélytisme dans l'usage des technologies. Si ces dernières sont utiles, utilisons-les, si elles ne le sont pas , évitons-les.
La mise en place de cette "méthode" d'animation suppose de savoir repérer les trois stratégies d'évitement ou de fuite auxquelles souscrivent volontiers les formateurs dès lors qu'il leur est proposé d'intégrer des usages des technologies dans leurs pratiques.
Cette synthèse est le fruit d'un travail collectif. Elle est volontairement déconnectée de toute référence scientifique même si sa construction s'est enrichie des références sur lesquels chacun des acteurs appuie sa réflexion, ses pratiques.
Elle est un objet de discussion et d'échange.
Quelques éléments de contexte :
Fodad est un programme national de formation professionnelle s'adressant à des formateurs d'adultes. Ces formateurs ont une autre activité professionnelle principale : gestionnaires, personnels administratifs d’une inspection académique, d’un Rectorat, d’une université, chefs d’établissements ;
- ils animent les stages de formation professionnelle destinés aux personnels non enseignants, cadres, personnels administratifs, techniques, ouvriers et de santé.
- leur formation pédagogique peut être très réduite ;
- leur représentation du métier de formateur est très marquée par leur propre expérience d'apprenant ;
- il est piloté par l'[ESEN|http://www.esen.education.fr/|fr]. Il a concerné directement ou indirectement (par démultiplication en académie entre 400 et 500 formateurs).
- l'objet de chaque formation-action était d'élaborer en commun un dispositif complet et opérationnel de formation susceptible d'être mis en œuvre en autonomie par chaque stagiaire dans son académie.
Quelques éléments sur le programme fodad
Ses objectifs :
Les objectifs poursuivis par les services formation engagée dans fodad est triple :
- apporter à tous, quel que soit leur localisation géographique, la même qualité de formation ;
- favoriser la créativité et l’initiative des territoires (académies), dans un cadre national : prendre en compte les dynamiques locales dans un cadre coopératif ;
- faire profiter tous les territoires (académies) de la production de certaines, dans un cadre national de partage et de construction
Son contexte institutionnel :
une forte disparité dans l’offre de formation continue des personnels, d’un territoire à un autre, à l’intérieur d’un même territoire
une inégalité dans l’accès à la formation, du fait de la distance des lieux de formation et du manque de disponibilité des personnels
une formation trop souvent en grand groupe, qui ne prend pas en compte l’individu ni la notion de communauté apprenante
un développement de l’usage des technologies parmi les personnels, d’une nette progression de l’équipement professionnel et privé
Les freins repérés :
Ils ont plus culturels que techniques ou financiers, ils portent surtout sur :
- le rôle du formateur
- la primauté du modèle pédagogique magistral et « frontal »
- le statut de la formation à distance et les représentations différentes et souvent négatives qui en sont faites, notamment par l'encadrement supérieur
La démarche mise en place :
Accompagner au niveau national (ministériel) les équipes des territoires (académies) dont les services de formation souhaitent mettre en place de nouveaux dispositifs, par :
- des formations-action, inscrites dans la durée (sur plusieurs années), qui associent construction collective du projet, mise en place des résultats dans les territoires et temps de formation
- un support technique commun, pris en charge par le ministère (Quickplace d’IBM)
- un accompagnement permanent, à distance, accompagné par un cabinet conseil.
Associer un cadre national (groupes de formation, production de services et régulation…) et des initiatives et responsabilités locales
Les choix stratégiques validés par les responsables de CAFA :
Faire ensemble, pour produire ensemble des services (dont la complémentarité au niveau local construit un dispositif de formation), pour monter ensemble en compétences
faire vite, produire les services dans des délais qui permettent une mise en œuvre dans l’année, avec un échéancier d’élargissement sur deux ans
faire simple, en utilisant un support technique accessible et peu coûteux, sans s’engager dans des productions sophistiquées
faire en utilisant un support technique qui servira également à déployer les dispositifs locaux
faire en privilégiant une autre pédagogie : valoriser les activités (individuelles et collectives) et les échanges, associer présence et distance, individu et groupe, privilégier le parcours de formation plutôt que le programme
faire souple, en laissant aux territoires et aux hommes le choix de la vitesse et de l’ampleur du déploiement des services, le temps de s’approprier l’esprit et les principes du programme FODAD
Quelques éléments quantitatifs
En septembre 2005, 25 territoires (académies sur un total de 30) proposent au moins un dispositif dans le cadre du programme FODAD, 6 autres entrent dans les groupes nationaux pour en proposer à la rentrée 2003. (il y en a en tout 30 académies en France)
les responsables de formation et formateurs des territoires (académies) concernés, présents dans les groupes nationaux ou appartenant aux équipes locales animées par ceux qui participent aux groupes nationaux : environ 150 personnes
les membres des équipes académiques associés à la mise en place local des différents dispositifs : environ 100 personnes ;
les personnels concernés par les dispositifs de formation proposés dans les territoires (académies) : environ 3000 personnes différentes chaque année. Pour une vue synthétique du programmme : [http://www.fodad.org|http://www.fodad.org|fr]
Une méthode d'animation : la RTT ou le repérage de trois stratégies d'évitement
1.- le R : pour Ressources
Placé devant la nécessité de créer un dispositif pédagogique utilisant les TIC et dans lequel une partie des activités pédagogiques ne se dérouleront pas en "présentiel" (pour un certain nombre de raisons auxquelles adhère le groupe : assouplissement des contraintes d'espace et de temps pour des collègues sous forte contrainte professionnelle et/ou géographique), un groupe de formateurs a tendance à se lancer dans la production de ressources.
Ce réflexe répond assez bien à l’interrogation suivante : si le stagiaire n'est plus face à moi, il me faut "enregistrer" ce que je lui aurais dit et lui permettre d'accéder à cet enregistrement. Ce réflexe se nourrit d'une représentation incomplète du métier de formateur qui pense que "former" ou « enseigner » consiste essentiellement à "transmettre des informations, des contenus, etc." et qu'apprendre consiste principalement à écouter, comprendre, mémoriser ces informations, ces contenus.
« Interdire » de créer des "ressources", au moins dans un premier temps, permet, après un petit temps de deuil, de se rendre compte qu'apprendre consiste à réaliser des activités variées : lire, résumer un document, mais aussi réaliser une observation ou une recherche documentaire, produire un document, simuler, jouer une situation, réaliser une étude de cas. Dès lors, former/enseigner consisterait à scénariser ces activités dans un parcours et à accompagner la réalisation des activités qui le constituent. L'animateur de la formation-action a intérêt à donner à voir la liste des activités possibles, les cas d'usage de chaque type et à accompagner la première réalisation de chaque nouveau type d’activité. La centration sur le "contenu" et la part que ces "contenus" jouent dans la représentation que les formateurs se font de ce « métier » sont connues et s'expliquent. Pour autant, un des objectifs de l’animation consiste à aider les stagiaires à dépasser leur représentation. Fermer la porte est un moyen efficace de sa déconstruction.
2. - le premier T : le tuteur comme seconde valeur refuge. Au départ, il y a ici aussi un bon sentiment. "Il n’est pas possible de laisser les apprenants tout seuls. Nous devons être présents à leur côté". Si l’intention est louable, la cause cachée derrière celle-ci peut l’être moins : être tuteur me permet d'exister (en tant que formateur) surtout quand le "contenu" a été produit par un autre....En outre, la mise en oeuvre de cette intention s’effectue souvent sur un axe "vertical » difficile à concilier avec une approche reposant sur des apprenants autonomes. La mise en place de tuteurs professionnalisés se heurte très vite à son coût élevé et participe de l’argumentaire selon lequel les dispositifs de formation alternatifs seraient plus coûteux que les dispositifs traditionnels. L'apport de fodad ici vient de la découverte, quand on s'interdit (toujours dans un premier temps) l'utilisation d'un tuteur rémunéré qu’il est possible d’imaginer un accompagnement par d’autres acteurs (et à des coûts supportables). Parmi les acquis de fodad :
- l'idée qu'un accompagnement efficace commence par une scénarisation efficace : variété des activités, capacité de ces activités à mettre en mouvement et en relation avec son environnement proche ou distant, existence de consignes claires, compréhension de la place de chaque activité dans l’ensemble du parcours (articulation avec l'amont : cette activité "s’appuie sur" et l'aval : "cette activité donne accès à", etc.
- celle qu'un accompagnement efficace suppose un travail en méthodologie pour renforcer les compétences d'apprenant : apprendre à apprendre.
Pour les acteurs de fodad, un accompagnement est donc une architecture plurielle reposant sur :
- l'apprenant lui même qui pilote son parcours : mise en place d'un carnet de bord. Les différents groupes ne sont pas allés jusqu'à lier cette idée avec de syllabus pour l'écriture du parcours. Ils ont, par contre esquissé l'usage d'un portfolio pour le stockage des preuves et résultats des apprentissages ;
- par son binôme (dont le rôle doit être fixé par la règle du jeu de l'accompagnement) ;
- par les autres membres du groupe (dans les dispositifs fodad, chacun est invité à se décrire librement, à dire ses attentes, son projet et à rendre visibles ses coordonnées ;
- par ses pairs professionnels (quand il y a…)
- par son hiérarchique (dont chacun sait le rôle de facilitateur ou à l'inverse de frein au départ en formation)
- par un proche qui s'y connaît en ordinateur ou par un voisin qui enseigne la matière que j'étudie pour autant que l'on ait fait penser à l'apprenant qu'il peut chercher de l'assistance autour de lui, expliquer sa démarche, etc.
Jusque-là, sauf ce qui relève de la mise en place de cet assemblage, tout cet accompagnement n'a encore rien coûté.
Il faut alors ajouter cette fois un "tuteur" ou un "régulateur de l'accompagnement" qui a pour fonction de vérifier que les différents niveaux d'accompagnement fonctionnent (les outils de ce suivi sont à encore à inventer pour l'essentiel) et de pallier leur défaillance le cas échéant.
3.- le deuxième T : résister à la séduction de la technologie. Nous sommes en France où la culture de l'ingénieur et la foi dans le progrès technologique sont encore très forte. Les plateformes de elearning, les LMS( learning management systems) se comptent en centaines. Rares sont celles qui ont été élaborées après une analyse de besoins. Fodad s'est déployée en utilisant un outil plastique : Quickplace, solution logicielle d'IBM, initialement développée pour supporter des processus de coopération au sein d'équipes projet dans les grandes entreprises. Les critères de choix ont été les suivants :
- un outil simple permettant à un formateur de réaliser un environnement d'apprentissage sans aucune intervention technique ;
- des environnements duplicables, personnalisables, faciles à prendre en main au niveau de chaque académie.
Ce choix qui a permis d'avancer a ses faiblesses :
- il gère mal la mutualisation inter-académiques de documents pédagogiques ;
- il est très lié à office et à Windows ;
- il ne permet pas d'automatiser des alertes :
o rappeler à un apprenant qu'il a telle ou telle activité à réaliser, tel ou tel livrable à élaborer, générer des accusés réception au dépôt d'un livrable ;
o assister l'accompagnement : vue synthétique aux apprenants en retard (dans la production des livrables attendus, etc.
Pour finir et toujours dans les acquis de fodad : deux groupes de compétences ont été jugées "critiques" par les stagiaires : ce qui touche à la scénarisation (pour gérer le piège R), tout ce qui touche à l'accompagnement (piège T1).
Des membres des groupes fodad ont élaboré deux modules simples de formation à chacun de ces deux groupes de compétences. Ces modules sont disponibles.
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