Par Jean-Louis Schaff
Aska a eu la chance de se rendre sur place et de pouvoir observer les 4 grands déploiements de portables dans des collèges ou des lycées : Etat du Maine, Comté de Henrico, départements des Boches-du-Rhône et des Landes. En voici un rapide compte rendu (subjectif).
aska a publié en septembre 2004 une étude comparative de 4 projets "lourds" (lourd au sens où des dizaines de milliers d'ordinateurs ont été mis à disposition) d'équipement en portable. Cette contribution fait la synthèse d'une observation faite sur place, des échanges avec les 4 équipes projet, des enseignants, des élèves et des parents là où cela a été possible.
Ces quatre projets et leurs caractéristiques sont les suivants : L'Etat du Maine au profit de tous les élèves de 7ème et 8ème (4ème et 3ème en France) ; Le département des Landes, tous les élèves de 3ème ; Le département des Bouches-du-Rhône : tous les élèves de 4ème et de 3ème ; Le Comté d'Henrico en Virginie, tous les niveaux d'étude de l'élémentaire à l'entrée à l'Université.
Les trois premiers sont clairement la décision d'un élu, deux d'entre-eux ont profité d'un excédent budgétaire conjoncturel : Maine et Bouches-du-Rhône.
Les expériences américaines ont des spécificités :
- elles se sont déroulées sur des terrains déjà riches de pratiques généralisées des TIC (fort taux d'usage et d'équipements fixes préexistant),
- sur des pratiques pédagogiques "actives" où l'usage de l'ordinateur trouve une place naturelle dans et hors la classe,
- où les pratiques pédagogiques se vivent en "équipe" ;
- dans des établissements où le management est fortement professionnalisé et en capacité d'accompagner le changement ;
- la valeur ajoutée est recherchée autant dans les usages sociaux et ludiques (fabriquer une génération de e-citoyens) que dans les usages à l'école ;
- à l'école, plus dans les usages autour de la classe (cahier de texte, gestion des présences, de la relation aux parents, etc.) que dans les usages dans la classe ;
- dans la classe plutôt dans des usages liés à des activités de production par l'élève que dans la consultation de "ressources éditoriales" ;
- les services associés sont simples (pas d'ENT par exemple au moins au démarrage).
- un seul partenaire conduit l'opération : les commissions scolaires ;
- la conduite de projet est professionnalisée (mise à disposition d'une équipe projet compétente...en conduite de projet).
Une de ces deux expériences reste fragile : celle du Maine où le gouverneur a changé et l'excédent budgétaire a disparu...Le projet de Virginie est beaucoup plus mature, il n'est plus expérimental : le bénéfice d'une machine et des services associés fait partie des services pédagogiques standards offerts par la collectivité aux élèves des établissements publics. Son financemment a été pérennisé.
A l'inverse, les deux projets français souffrent (à la date de l'observation) :
- de la difficulté d'établir la confiance entre les différents partenaires (malgré l'affichage politique de relations courtoises) et de l'absence d'équipe projet mixte : EN/ collectivités. ;
- elles sont compliquées par l'intervention de l'Etat et d'acteurs tiers (éditeurs privés de ressources ou de logiciels) qui alourdissent et complexifient la conduite de projet ;
- elles sont très centrées sur l'usage dans la classe, dans l'enseignement de la discipline et centrée sur le "contenu", la ressource (cf. la pression mise par l'insitution, les éditeurs privés sur cette dimension) ;
- ces déploiements s'appuient sur des réseaux physique et des systèmes d'information des EPLE très fragiles ;
- les pilotes des établissements semblent être en général plus désarmés que leurs homologues d'outre-atlantique pour accompagner le changement ;
- leurs équipes de direction et de coordination pédagogiques sont moins étoffées ;
- les deux départements ont fait un choix de matériel moins "sexy" et moins adapté à la production par l'élève que les outils d'Apple fonctionnant sous Os X ;
- les services associés sont souvent complexes (prototypes d'ENT et autres espaces de formation).
Ce sont aussi deux expériences voulues par les responsables politiques des deux collectivités territoriales au départ sans concertation avec l'Institution Education nationale, dans un cadre budgétaire annuel qui n'assure pas la pérennité des projets : pourquoi un enseignant changerait-il ses pratiques s'il doit revenir au papier et au crayon dans un ou deux ans ? Pourquoi un élève de 3ème organiserait-il ses apprentissages autour de son portable s'il sait qu'il ne l'aura plus au lycée ?
Pourquoi seulement quelques gros projets (il en existe quelques-uns en Australie et de nouveaux dispositifs sont annoncés au Etats-unis ) ? Le faible nombre d'opérations peut s'expliquer :
- le coût de ce type de projet : 1500€/élève et par enseignant par an et ce pour des années (c'est probablement décider de construire moins de rond-points et c'est plus difficile à inaugurer...) ;
- un scepticisme de l'Education nationale pour des opérations où les usages pourraient fragiliser les équilibres et les organisations héritées des disciplines (les usages des réseaux sont orthogonaux au plan vertical qui structure le service public de l'EN) ;
- une maturité encore insuffisante côté collectivités territoriales pour aller au-delà de leur champ de compétences et penser un usage des technologies par les adolescents qui soit utile au territoire (investir dans une nouvelle génération) ;
- une difficulté pour les services des collectivités de trouver des élus réceptifs pour des projets dont les effets sont à rechercher à + 12-15 ans pour un conseil général, + 8-12 ans pour un conseil régional ;
- probablement, une attitude attentiste : laisser aux projets en cours le temps de mûrir et pouvoir démarrer dans des conditions optimales - peut être surtout une difficulté à mettre en place une conduite de projet inter-institutionnel opérationnelle.
Une interview de Seymour Papert (enseignant au MIT et inspirateur des expériences de mise à disposition de portables aux enfants).
Du pur bonheur...
http://school.fri-tic.ch/~devaudp/papertadsl.html
Rédigé par : jlschaff | 28 novembre 2006 à 15:35